mai 302014
 

La commission européenne a lancé le 5 décembre 2013 une consultation publique sur la propriété littéraire et artistique devant aboutir à la rédaction d’un livre blanc, qui pourrait conduire à une réforme du droit d’auteur.

Cette consultation abordait une série de thèmes

  • La territorialité dans le marché intérieur ;
  • L’harmonisation du droit d’auteur ;
  • Les limites et exceptions au droit d’auteur à l’ère numérique ;
  • Les moyens d’améliorer l’efficacité et l’efficience des mesures visant à assurer le respect de ce droit

Cette consultation s’inscrit dans le cadre du marché unique numérique et la Commission européenne a présenté dans ce cadre les deux lignes d’action parallèles qu’elle compte poursuivre :

  • mener à terme ses travaux de révision et de modernisation du cadre législatif européen sur le droit d’auteur, comme annoncé dans la stratégie pour la propriété intellectuelle : « Vers un marché unique des droits de propriété intellectuelle ».
  • favoriser l’application de solutions pratiques, initiées par les entreprises du secteur, aux problèmes sur lesquels des progrès rapides ont été jugés nécessaires et possibles, via un dialogue avec les parties prenantes : « Des licences pour l’Europe ».

L’IABD a répondu à cette consultation, estimant qu’à cette occasion il était opportun de défendre les droits culturels fondamentaux et de soutenir tant l’accès à la culture et aux connaissances pour tous que sa diffusion. La place des bibliothèques, des services d’archives et de documentation et des centres de documentation et d’information doit être prise en considération dans le cadre d’une nouvelle législation européenne. Continue reading »

sept 122012
 

L’IABD… a écrit à Pierre lescure pour demander à êter autitionnée dans le cadre de sa misssion dite Acte 2 de l’exception culturelle :

« Les services d’archives, de bibliothèque et de documentation sont en effet des acteurs de l’économie numérique sous ses trois aspects : création, diffusion et services. En particulier, aucune régulation, aucune législation relative à l’accès aux œuvres numériques ne saurait les ignorer notamment quand ils se situent dans un cadre de service public. »

déc 132011
 

L’IABD prend acte de la parution du décret n° 2011-1499 du 10 novembre 2011 pris en application de la loi n° 2011-590 du 26 mai 2011 relative au prix du livre numérique.

A propos de l’article 2 qui stipule que “ce prix peut différer en fonction du contenu de l’offre et de ses modalités d’accès ou d’usage“,  le décret précise  que :

―  “les modalités d’accès au livre numérique s’entendent des conditions dans lesquelles un livre numérique est mis à disposition sur un support d’enregistrement amovible ou sur un réseau de communication au public en ligne, notamment par téléchargement ou diffusion en flux (« streaming ») ;

les modalités d’usage du livre numérique se rapportent notamment au caractère privé ou collectif de cet usage, à la durée de mise à disposition du livre numérique, à la faculté d’impression, de copie et de transfert du livre numérique sur divers supports de lecture.“

L’IABD se félicite de l’inscription des usages collectifs dans le décret : celle-ci devra permettre le développement d’offres commerciales adressées à toutes les bibliothèques. Elle constitue une victoire obtenue grâce à la mobilisation de l’IABD.

L’IABD regrette néanmoins la différence de traitement établie entre les livres numériques destinés à des usages universitaires ou professionnels d’une part, et ceux destinés à des bibliothèques de lecture publique d’autre part. Bien que les problématiques de toutes les bibliothèques soient identiques, les bibliothèques universitaires ou professionnelles bénéficient d’une exemption inscrite dans la loi, alors que les offres qui seraient faites aux bibliothèques publiques ne sont pas clairement spécifiées dans le décret. La période probatoire inscrite dans la loi permettra de vérifier si les bibliothèques de lecture publique pourront bénéficier ou non de modèles économiques et tarifaires adaptés.

C’est la raison pour laquelle l’IABD souhaite être associée à la rédaction du rapport prévu à l’article 8 de la loi, dont l’intention rejoint les objectifs de l’interassociation en ce qui concerne les usages collectifs. Il y est dit, en effet, que “le rapport [doit] vérifie[r] notamment si l’application d’un prix fixe au commerce du livre numérique profite au lecteur en suscitant le développement d’une offre légale abondante, diversifiée et attractive“. Pour l’IABD, l’offre en bibliothèque fait partie intégrante de cette “offre légale abondante, diversifiée et attractive” et contribue activement au développement du livre numérique.

mai 052011
 

L’IABD… prend acte du vote par les deux assemblées de la loi sur le prix du livre numérique homothétique.

Elle entend les efforts des acteurs de la chaîne du livre pour préserver la diversité culturelle et permettre à chacun de recevoir le prix de ses efforts. Elle y voit également un moyen de donner aux libraires une place qui leur revient dans la chaîne du livre numérique.

Elle regrette toutefois que la spécificité des usages collectifs n’ait été retenue que dans le contexte des usages professionnels et de l’enseignement supérieur, ce qui écarte les autres niveaux d’enseignement et les bibliothèques publiques (alinéa 3 de l’article 2), alors que les modèles économiques ne sont pas encore stabilisés.

Elle note que, le le 29 mars 2011, le ministre de la Culture et de la communication a motivé ainsi ce refus devant les sénateurs :

  • les offres concernées par cet alinéa, par leur complexité, ne relèveraient pas de la loi sur le prix du livre numérique et ne pourraient être proposées que par les éditeurs ;
  • les offres pour « le grand public des bibliothèques », encore au stade expérimental, « doivent être élaborés avec les éditeurs » : « la proposition de loi ne s’y oppose en aucun cas et permet ainsi à de nombreux modèles différents de coexister » ;
  • la concurrence par les prix est à craindre au détriment des libraires, ce qui rend utile le principe du prix unique.

L’IABD… rappelle que sa démarche était précisément motivée par le caractère expérimental des modèles actuels.

Elle souligne que les collectivités acquièrent des accès à des ressources électroniques dans le cadre de marchés publics permettant de sélectionner des fournisseurs qui peuvent être des libraires ou des agrégateurs, mais ne sont pratiquement jamais les éditeurs eux-mêmes.

Puisque la loi prévoit que « le Gouvernement présente au Parlement un rapport annuel sur l’application de la présente loi au vu de l’évolution du marché du livre numérique, comportant une étude d’impact économique sur l’ensemble de la filière », l’IABD… contribuera pour sa part à l’information du Gouvernement.

Toutefois, Il convient, dès maintenant, de poursuivre la recherche de modèles économiques réalistes, adaptés aux possibilités des collectivités et aux services effectivement rendus aux usagers. Elle permettra de conforter le rôle des différents acteurs de la filière sur le marché des usages collectifs.

C’est tous ensemble que nous réussirons la révolution numérique du livre, sans préjudice du maintien d’un secteur de publication sur papier, et dans le cadre plus général des accès collectifs aux ressources numériques.

Référence

La loi votée le 7 avril 2011. Sur le site de l’Assemblée nationale

fév 242011
 

Après le Sénat, l’Assemblée nationale vient d’adopter en seconde lecture une proposition de loi sur le prix unique du livre numérique qui n’aborde que très partiellement les usages collectifs de ce nouveau moyen d’accès à la culture et à l’information.

Par « usages collectifs » nous entendons ceux des entreprises et d’autres collectivités, notamment par le biais de leurs services de documentation, ainsi que les services rendus à leurs usagers par les bibliothèques publiques ou de l’enseignement de tous niveaux.

La diffusion du livre numérique aux collectivités est un marché émergeant qui se développe selon des modèles économiques variés. Il importe de ne pas le tuer dans l’œuf par un encadrement prématuré.

Or le texte adopté par l’Assemblée nationale est incohérent.

D’un côté, il précise (alinéa 2 de l’article 2) que le prix « peut différer en fonction du contenu de l’offre, de ses modalités d’accès ou d’usage». De l’autre, il institue une exception (alinéa 3 de l’article 2) limitée aux «offres proposées sous la forme de licences d’utilisation et associant à ces livres numériques des contenus d’une autre nature et des fonctionnalités»  et uniquement «dans un but professionnel, de recherche ou d’enseignement supérieur». Cette formulation exclut l’enseignement autre que l’enseignement supérieur, ainsi que les bibliothèques publiques.

Les bibliothèques, centres de documentation et services d’archives continuent à remplir – et à développer – leurs missions dans le contexte numérique qui est désormais acquis. Faire obstacle à l’accès aux livres numériques dans les bibliothèques – et donc se priver d’un marché nouveau – ne peut constituer en soi une stratégie cohérente et dynamique.

L’IABD… comprend les efforts des acteurs de la chaîne du livre pour préserver la diversité culturelle et permettre à chacun de recevoir le prix de ses efforts. Elle y voit également un moyen de régulation du marché permettant d’éviter l’envolée des coûts qu’a connu ces dix dernières années le secteur des revues scientifiques en ligne et de donner aux libraires la place qui leur revient dans la chaîne du livre numérique.

Mais l’IABD… entend  aussi promouvoir une vision équilibrée et pragmatique permettant au numérique de tenir ses promesses : faciliter l’accès aux oeuvres, au savoir et à la culture, en particulier dans le contexte du service public.

Elle compte sur la représentation nationale, lors de la deuxième lecture du texte, pour prendre en compte ces objectifs d’intérêt public.

fév 092011
 

Dans une lettre envoyée aux parlementaires le 1er février 2011, l’IABD… a présenté deux  amendements  à la proposition de loi relative au prix unique du livre numérique

L’IABD… (Interassociation Archives Bibliothèques Documentation…) qui regroupe 15 associations professionnelles représentatives exprime sa compréhension des efforts des acteurs de la chaîne du livre en vue d’une régulation de ce nouveau secteur. Elle y voit également un moyen de régulation du marché permettant d’éviter l’envolée des coûts qu’a connu ces 10 dernières années le secteur des revues scientifiques en ligne.

Mais elle souhaite des aménagements à la proposition de loi actuelle, qui lui semble porter par certains de ses aspects ou manques, le risque de tuer dans l’œuf un marché émergent les concernant, reposant actuellement sur une diversité de modèles économiques et techniques.

Elle tient à rappeler le rôle économique, direct et indirect, tenu par les acteurs publics que sont les archives, bibliothèques et centres de documentation, en particulier les bibliothèques universitaires et les bibliothèques publiques, notamment comme clients des librairies et leur mission de mise à disposition de la culture et de l’information auprès du plus grand nombre.

C’est pourquoi nous vous proposons ci-joint le texte d’un amendement.

Notre position est exprimée de façon plus détaillée dans le texte suivant :Proposition de loi sur le Prix unique du livre numérique (PULN) : position de l’IABD

Par ailleurs, nous proposons d’adapter une disposition du code de la propriété intellectuelle introduite par la loi duite DADVSI de 2006 pour permettre une utilisation à des fins d’enseignement et de recherche. Le texte voté en 2006 en excluait « les oeuvres diffusées pour une édition numérique de l’écrit » ce qui n’est pas conforme aux développement de ces œuvres et contrevient donc à la nécessaire modernisation des méthodes d’enseignement et des outils mis à la disposition des chercheurs.

Pièces jointes : deux amendements

1er amendement

PROPOSITION DE LOI RELATIVE AU PRIX DU LIVRE NUMÉRIQUE N° 2921

Article 2

Après l’alinéa 2, insérer un alinéa ainsi rédigé :

« Les dispositions du premier alinéa ne s’appliquent pas aux offres proposées à des fins d’usage collectif ou professionnel »

EXPOSE SOMMAIRE

L’application du prix unique aux offres destinées non à des consommateurs individuels mais à des collectivités n’est pas opportune, notamment parce qu’elle bloque la possibilité de négocier les prix selon les services proposés et la communauté desservie.

Cette situation  concerne déjà  les bibliothèques universitaires et de recherche, ainsi que les centres de documentation, qui ont besoin de cette flexibilité pour acquérir dans les meilleures conditions la documentation scientifique et technique indispensable à leur usagers.

Mais il importe également que d’autres bibliothèques puissent bénéficier de cette marge de manœuvre et que des modèles d’offres appropriées de livres numériques  puissent leur être proposés.

L’application stricte du prix unique aux offres groupées destinées aux bibliothèques aurait pour effet de limiter l’émergence de nouveaux modèles économiques, à une étape charnière où il importe au contraire de pouvoir tester différentes formules de mise à disposition du livre numérique dans un cadre collectif.

2ème amendement

PROPOSITION DE LOI RELATIVE AU PRIX DU LIVRE NUMERIQUE N° 2921

Article 5 ter

A l’article L 122-5, alinéa 3, tiret E) du Code de Propriété Intellectuelle, supprimer les termes suivants :

« Et des œuvres réalisées pour une édition numérique de l’écrit

EXPOSE SOMMAIRE

En 2006, une exception au droit d’auteur a été introduite dans le Code de la propriété intellectuelle (CPI) pour permettre d’utiliser des extraits d’oeuvres protégées par le droit d’auteur à des fins d’illustration de l’enseignement et de la recherche. Une restriction a cependant été ajoutée afin que les oeuvres déjà numérisées n’entrent pas dans le champ de cette exception.

Puisqu’une part croissante des œuvres existent à présent sous une forme numérique et que le livre numérique est appelé à jouer un rôle déterminant dans l’enseignement et la recherche, il est anormal que l’exception pédagogique et de recherche ne porte pas aussi sur les livres numériques. Cette restriction est, par ailleurs, susceptible de faire obstacle au développement de la recherche en France et à l’adoption du livre numérique dans l’enseignement.

La suppression des termes “et des œuvres réalisées pour une édition numérique de l’écrit” dans l’article L 122-5 du CPI permettra d’utiliser également des extraits de livres numériques à des fins d’enseignement et de recherche, sous réserve des autres conditions posées par cet article.

jan 302011
 

L’IABD a participé le 26 Janvier dernier à une table ronde à l’Assemblée Nationale. Il s’agissait d’une table ronde commune entre la commission des affaires européennes et la commission des affaires culturelles et de l’éducation, sur invitation des Députés Hervé Gaymard et Michel Lefait.

Voici le texte qui nous a permis d’exposer notre position :

Comme les autres acteurs de la chaîne de l’écrit, l’IABD (Interassociation Archives Bibliothèques Documentation) est favorable à l’alignement du taux de TVA du livre numérique sur celui du livre imprimé, à 5,5%. Cette mesure lui semble en effet à même de favoriser le développement commercial de ce nouveau type d’objet de culture, et de prendre acte de la dématérialisation progressive des supports de l’écrit (qui a déjà largement touché le monde des revues, pour lequel un alignement du taux de TVA de l’électronique sur celui de l’imprimé serait également dans l’ordre des choses).

Concernant la proposition de loi sur le Prix unique du livre numérique (PULN), l’IABD y voit certes un moyen de régulation du marché permettant d’éviter l’envolée des coûts qu’a connu ces 10 dernières années le secteur des revues académiques en ligne. Mais elle souhaite des aménagements à la proposition de loi actuelle, qui lui semble porter par certains de ses aspects ou manques, le risque de tuer dans l’œuf un marché émergent, et tient à rappeler le rôle économique, direct et indirect, tenu par les acteurs publics que sont les bibliothèques, qu’elles soient indifféremment publiques ou universitaires.

Il n’y aura pas de modèle unique de commercialisation du livre numérique

Dans sa rédaction actuelle, la proposition de loi sur le PULN consacre implicitement un modèle de commercialisation du livre numérique, et un seul. Afin de répondre à ce problème, un projet de modification du texte s’est fait jour, autorisant la vente au catalogue, mais exclusivement pour les bibliothèques universitaires.

On voit mal tout d’abord pourquoi les bibliothèques publiques (bibliothèques municipales, bibliothèques départementales de prêt, Bibliothèque nationale de France, etc.) seraient exclues de ce modèle business to business (B to B).

L’une des difficultés de la question de la commercialisation du livre numérique tient probablement au fait qu’un modèle de commercialisation unique n’existe pas, à moins de vouloir rogner dès le départ les ailes d’un marché balbutiant.

L’introduction de la possibilité d’une vente au catalogue pour les bibliothèques (publiques et universitaires), si elle constitue une avancée, ne saurait répondre de façon satisfaisante à ce défi. D’abord parce que ce type de vente n’est pas le plus approprié aux besoins des bibliothèques, qui hormis peut-être la BnF, ne peuvent être intéressées par l’ensemble du catalogue d’un éditeur, fût-il packagé en sous-catalogues (thématiques, par collection, ou autre) : les bibliothèques sont friandes des modèles pick and choose (sélection titre à titre des ouvrages acquis), plus adaptés à leur besoins : elles mettent en œuvre les politiques documentaires définies par leurs institutions de tutelle, et ces politiques sont sélectives.
D’autre part, les équilibres commerciaux des différents secteurs de l’édition sont à considérer :

  • par exemple l’édition numérique des poésies d’Yves Bonnefoy ou de Paul Celan ont peu à craindre d’un modèle de commercialisation tel que celui qui émerge, parmi d’autres, aujourd’hui, d’une vente aux bibliothèques, sans DRM, avec un accès de l’usager au texte sur identifiant et mot de passe. Dans ce modèle, les deux ou trois premiers téléchargements effectués par les lecteurs sont gratuits pour la bibliothèque ; elle ne paie qu’à l’issue de ces premières consultations, par débit d’un compte dont le plafond annuel a été fixé au préalable avec le fournisseur, et pour l’achat pérenne d’un fichier sans DRM, imprimable, reproductible, manipulable. En effet, dans ce secteur très confidentiel de l’édition qu’est la poésie, le risque est nul de voir proliférer sur la Toile des copies pirates du fichier originel. Et quand bien même, cette diffusion indue permettrait peut-être de développer un lectorat pour l’heure étique, donc les ventes, dans un secteur qui, comme d’autres, ne survit aujourd’hui que grâce aux achats des bibliothèques ;
  • en revanche, il est certain que si les bibliothèques universitaires proposaient une offre de manuels en ligne librement reproductibles, le manque à gagner pour les éditeurs serait important, les achats effectués dans ce domaine par les particuliers, principalement les étudiants, représentant l’essentiel de ce marché. Les manuels académiques ont souvent (en droit ou médecine par exemple) une durée de vie relativement brève (mises à jour régulières, tous les trois ans environ). En cela, ils se rapprochent d’un type de publication comme les encyclopédies des Jurisclasseurs, périodiques dont le passage en ligne a constitué un progrès considérable pour l’usager : mises à jour en temps réel, possibilité de recherche informatisée dans le corps du texte, permettant de localiser le ou les passages pertinent(s) pour le lecteur à un instant T. Comme pour les encyclopédies des Jurisclasseurs, le modèle le plus adapté pour les manuels académiques semble donc être celui de l’abonnement payant en téléchargement illimité, et sans DRM, le rafraîchissement constant de l’information permis par le passage au support numérique constituant le meilleur rempart à la tentation de copier abusivement pour diffusion sur la Toile le contenu des manuels mis à disposition.

D’une manière générale, l’IABD souligne une fois de plus le risque inhérent à l’emploi systématique et abusif de DRM, qui n’ont pour seul effet que de bloquer le décollage économique des produits culturels en ligne. Il existe actuellement des plateformes de téléchargement de livres numériques proposant des fichiers dont les caractères, trop petits, sont illisibles sur une liseuse ou une tablette de type iPad, et qui ne peuvent être grossis, du fait de l’emploi de DRM excessives. Pense-t-on qu’un usager lambda dont le premier contact avec le livre numérique sera précisément ce type de fichier sera tenté d’y revenir et de se convertir au nouveau support ?
L’exemple de l’industrie discographique doit éviter de reproduire les mêmes erreurs : non seulement les DRM ont été impuissantes à éviter les partages illégaux de fichiers, mais la seule offre légale économiquement rentable aujourd’hui émane d’un acteur du monde informatique (et non discographique#), et elle propose le téléchargement de fichiers payants sans aucune DRM.

La gratuité n’est pas l’obsession des usagers : ils sont tout à fait prêts à payer pour les biens culturels, si l’offre légale est attractive.
Dans un récent article paru dans Le Monde, Robert Darnton, historien du livre et ancien directeur de la bibliothèque universitaire d’Harvard souligne qu’aux États-Unis, où l’offre de livres électroniques constitue aujourd’hui 10% du marché, ceux qui lisent le plus sur tablette ou liseuse sont aussi ceux qui achètent le plus de livres imprimés : l’amateur (de livres, de musique, etc.) se livre à sa passion quel que soit le support. Et il ne recourt au téléchargement illégal que lorsqu’il n’a pas d’autre solution, parce que l’offre légale est insuffisante, pas assez rapidement disponible, ou qu’elle manque d’attractivité.

Dans le domaine du livre, cette attractivité sera également liée, comme dans le domaine de la musique en ligne, à une politique tarifaire adaptée : pour ce qui est de son prix, le livre numérique ne pourra être qu’un livre de poche numérique.

Le livre numérique n’est pas le livre imprimé

Ce devrait être un truisme, mais manifestement, par sa référence à la notion de livre homothétique, bien difficile à définir, la proposition de loi sur le PULN décalque le monde de l’imprimé, au risque de stériliser l’innovation.


Ce réflexe est sans doute inévitable : au début de l’imprimé, les premiers incunables singeaient la typographie et la mise en page des manuscrits, avant, progressivement, que le nouveau support ne trouve ses propres modèles. Cela a pris un certain temps, qui serait aujourd’hui un luxe : nous sommes pris dans une économie bien moins lente, et ne pas être innovant d’emblée, c’est laisser à d’autres acteurs, venus d’autres horizons que l’édition, mais plus réactifs, le champ libre.

Le modèle dit du « prêt numérique », qui tente encore aujourd’hui beaucoup d’éditeurs, illustre parfaitement les ravages que peut provoquer une offre numérique inadaptée, car décalquée du monde de l’imprimé. Le « prêt numérique » suppose des DRM puissantes, capables de gérer la chronodégradabilité du livre numérique, et interdisant sa reproduction, voire sa simple manipulation[1]. L’ « interopérabilité » entre outils de lecture (ordinateur, tablette, liseuse) est alors assurée par l’obligation de recourir systématiquement à une plateforme éditoriale dédiée, mais cette « interopérabilité » est dans les faits très réduite (du fait du nombre de téléchargements simultanés limités que la bibliothèque est en mesure d’offrir à ses usagers), et le « prêt » s’apparente de ce fait plus à de la location qu’à du prêt véritable, puisque la bibliothèque n’est pas propriétaire du fichier empruntable. C’est en somme le modèle du vidéoclub. Et les bibliothèques n’ont pas envie de connaître le même destin, faute de proposer à leurs publics ce qu’ils veulent vraiment…

Au final, l’offre actuelle de « prêt numérique » se traduit par des procédures de téléchargement complexes et décourageantes pour l’usager, voire décevantes quand les DRM sont si serrées que toute manipulation, même minimale, du fichier téléchargé s’avère impossible. Ce qui explique que les statistiques d’usage de ce type de service ne décollent absolument pas. Nulle part. On ne saurait mieux illustrer le risque qu’il y a à vouloir démarquer l’imprimé lorsqu’on réfléchit au marché du numérique.

L’exemple de l’évolution de l’offre commerciale des revues électroniques académiques, secteur on ne peut plus prospère économiquement, illustre a contrario la rencontre réussie d’une offre et des usages auxquels elle entend répondre :

  • à la naissance du marché des revues scientifiques en ligne, vers 1998, les éditeurs ont tout d’abord été extrêmement réticents à permettre la reproductibilité (impression, copie) des articles de leurs bouquets de revues ; et puis ils se sont laissés convaincre et l’effondrement tant redouté du marché n’a pas eu lieu ;
  • après les usages, les éditeurs de revues électroniques ont voulu limiter l’accès à leurs produits aux murs des institutions d’enseignement supérieur et de recherche. Il a fallu un certain temps, notamment lorsqu’il s’agissait d’éditeurs francophones (c’est une constante) pour les convaincre que, moyennant la mise en place d’annuaires dans les établissements, un accès sur identifiant et mot de passe, même hors les murs de l’institution, ne mettrait aucunement en danger la rentabilité de leur activité. Ils ont tous fini par se laisser convaincre, et là encore, les craintes sont finalement apparues totalement infondées ;
  • aujourd’hui, les éditeurs de revues électroniques sont sur le point de se laisser convaincre de cesser de vouloir à tout prix que les usagers passent par leur portail. Un portail par éditeur, chacun avec sa présentation et ses modes de recherche spécifiques : quel usager pourrait s’y retrouver, quand déjà les bibliothécaires peinent ? C’est tenir bien peu compte de la « googlisation » des pratiques : une seule interface, un seul champ de recherche, et toutes les réponses possibles.

Le marché de l’édition des revues académiques en ligne a ainsi mis plus de dix à mûrir et se conformer aux usages réels des lecteurs. Le marché du livre électronique ne disposera pas d’autant de temps : il doit capitaliser sur l’expérience acquise dans le secteur de l’édition scientifique de revues électroniques, comme le font déjà des acteurs qui ne viennent pas de l’édition.

Au lieu de cela, les éditeurs de livres numériques proposent trop souvent des fichiers bourrés de DRM, et imposent de passer par leur plateforme maison pour les télécharger : rares sont encore ceux qui, par exemple, proposent aux bibliothèques de télécharger les métadonnées descriptives des ouvrages numériques dans le catalogue de l’institution, c’est-à-dire là où les lecteurs ont l’habitude de se renseigner sur la disponibilité des ouvrages dont ils ont besoin. Les usagers des bibliothèques ne cherchent jamais un livre par le nom de l’éditeur, mais par celui de l’auteur, ou par le titre : on ne peut donc leur demander de savoir chez qui est édité tel ouvrage avant de commencer leur recherche sur la bonne plateforme.

Si l’on veut voir véritablement décoller en France une offre commerciale rentable de livres électroniques, il faut l’adapter aux usages des lecteurs. Ces usages, les médiateurs du livre que sont les bibliothécaires les cernent bien mieux que les maisons d’édition : il faut donc les écouter, et ne pas négliger non plus le rôle éminent qu’ils peuvent jouer dans l’acculturation des lecteurs au livre numérique.

On voit trop souvent en France les bibliothèques comme des stocks de documents. Alors qu’elles sont des dispositifs de savoir visant à optimiser la rencontre entre des lecteurs et des documents : faire en sorte que les lecteurs trouvent ce qu’ils cherchent, et même ce qu’ils ne cherchaient pas, ou ne savaient même pas qu’ils cherchaient. Elles sont donc des terrains d’expérimentation idéaux pour tester des modèles innovants de commercialisation du livre électronique. Et si elles ne sont pas stocks mais lieux de rencontre, la dématérialisation des supports ne signe pas leur mort, bien au contraire, mais juste une énième mutation de leur modèle, à l’instar par exemple de celui des learning centers que plébiscitent établissements, professionnels, MESR# et CPU#. Plus que jamais, dans un monde où l’information, de rare qu’elle était, est devenue surabondante, où les rythmes de rotation des parutions éditoriales se sont beaucoup accélérés, et où l’on n’a jamais autant publié, rien ne se fera sans ces passeurs que sont les bibliothécaires et les professionnels de la documentation.

L’économie de la connaissance ne doit pas être étouffée

A l’heure où l’on constate une désaffection des jeunes pour la lecture, et où le nombre de gros lecteurs diminue, le livre numérique peut être un élément de reconquête. Mais il ne pourra l’être que si son accès est aisé, et répond aux pratiques d’aujourd’hui.

L’économie de la connaissance a besoin de la propriété intellectuelle pour exister : la création et l’innovation ont besoin d’être protégées. Mais elle a également besoin que les idées et les œuvres circulent, pour s’entreféconder.

La société industrielle ne serait pas advenue sans les progrès de l’alphabétisation et la fureur de lire de la fin du XIXe siècle.
De même, l’économie de la connaissance se développera ailleurs qu’en Europe si l’on tente de répondre à des problèmes économiques (adaptation de l’offre de livres numériques à la demande et aux usages) par des moyens techniques (DRM par exemple) ou juridiques : la loi sur le PULN peut appuyer le maintien de certains équilibres précieux entre acteurs de la chaîne économique du livre, mais elle ne doit pas avoir pour effet d’empêcher l’émergence de modèles de commercialisation pertinents pour le livre électronique.

A l’occasion de la loi HADOPI, l’Europe a rappelé que l’accès à la culture et à l’information était un droit fondamental, fondateur de l’exercice de la citoyenneté (et, pourrait-on ajouter : nécessaire à la création). Les bibliothèques, qui permettent depuis des siècles la transmission du savoir et de la culture, et favorisent son appropriation, ne peuvent que souscrire.

l’IABD va donc proposer un amendement à la loi PULN  permettant un droit d’expérimentation reconnu par la loi dans le secteur du B to B, afin de faciliter l’apparition de modèles de commercialisation pertinents.

[1] N’étant pas chronodégradables, des DRM posent des problèmes pour la conservation des œuvres et, lorsque les droits patrimoniaux sont échus et que les œuvres entrent dans le  domaine public, pour rendre ces œuvres librement accessibles.

déc 072010
 

L’IABD… prend acte du protocole d’accord entre Google et Hachette Livre définissant un cadre juridique  pour la numérisation d’oeuvres épuisées.

Elle s’associe pleinement à la volonté de Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture et de la Communication, de trouver un accord-cadre équitable pour toute la filière de l’édition, et souhaite être associée aux discussions que le ministère mettrait en place dans cette perspective avec les éditeurs français et Google.

Les archivistes, bibliothécaires et documentalistes sont particulièrement attachés à la mise en oeuvre de mécanismes d’équilibre des droits leur permettant de poursuivre les missions d’intérêt général qui leur ont été confiées.

Une gestion collective des droits pour les oeuvres épuisées avait été envisagée dans le cadre des investissements d’avenir du Grand Emprunt, qui devait concerner 400 à 500 000 ouvrages indisponibles du XXe siècle. Le ministère de la Culture et de la Communication avait proposé que des mécanismes soient mis en place pour favoriser les utilisations pédagogiques et de recherche sur ce corpus, ainsi que pour développer une offre légale sous forme de bouquets à destination des bibliothèques.

En l’état, le protocole d’accord entre Google et Hachette semble seulement prévoir la remise d’un fichier à la Bibliothèque nationale de France, sans que l’on sache quels types d’utilisations seront autorisés. Cette solution représente dans tous les cas une régression importante par rapport au projet ministériel d’un système de gestion collective, qui aurait pu bénéficier à l’ensemble des établissements documentaires français et non à un seul.

Rappelons-le : l’utilisation individuelle d’une oeuvre dans le cadre d’un service d’archives, de bibliothèque ou de documentation n’existe pas. Au regard de la loi, il  s’agit d’emblée d’une utilisation collective ; il en est de même des utilisations pédagogiques et de recherche dans les établissements scolaires et universitaires.

Ces utilisations : collective, pédagogique et de recherche, doivent être garanties pour répondre aux missions de service public portées par les institutions. Il serait anormal que les équilibres mis en place pour le livre papier ne soient pas transposés au livre numérique.

sept 252010
 

22-25 septembre 2010

La proposition de loi relative au prix du livre numérique déposée au Sénat le 8 septembre 2010 (1) révèle une surprise de taille : le second alinéa de l’article 3 « encadre la pratique des offres groupées de livres numériques, en location ou par abonnement (par exemple bouquets proposés par un opérateur de télécommunications), en prévoyant qu’elles ne peuvent porter que sur des livres numériques commercialisés depuis un certain délai », fixé par décret.

Une telle clause signifie que les bibliothèques devraient attendre avant de faire bénéficier leurs usagers des livres numériques mis sur le marché.

Deux poids, deux mesures

Cette disposition ne correspond en aucune façon à la position des professionnels des bibliothèques, des archives et de la documentation qui ont toujours défendu et proposé l’accès le plus large et le plus ouvert aux œuvres, dans le respect des droits des différentes parties.

Brider ainsi la diffusion numérique des livres revient à appliquer une chronologie des médias, imaginée pour les oeuvres cinématographiques, à une oeuvre qui ne présente pas les mêmes caractéristiques.

Plus de onze millions de Français fréquentent les bibliothèques publiques : ils sont en droit de bénéficier des technologies mises au service du livre, au sein d’un réseau qui doit être le plus ouvert possible à l’innovation, à l’accès aux connaissances et au savoir. Le public scolaire et étudiant, les actifs en formation continue, les personnes en recherche d’emploi doivent avoir accès en temps réel aux livres, quels qu’en soient les supports.

L’arbre cache la forêt

Cette mesure dilatoire, supposée préserver les intérêts des autres acteurs de la chaîne du livre, pourrait se révéler plus pernicieuse que prévu : la négociation des droits d’usage des livres numériques en serait retardée d’autant, au moment même où les partenaires cherchent à construire un système fondé sur l’équité, l’équilibre et la plus large diffusion, et à l’heure où combler la fracture numérique est une priorité nationale.

Les usagers des bibliothèques ont besoin d’un accès aux livres numériques. Avec la clause sur les offres groupées les éditeurs mettent un frein à cet accès, qui irait à l’encontre des effets escomptés.

Revenir à des positions porteuses d’avenir

Les déclarations de l’IABD sur le livre numérique (2) ont toujours été sans équivoque. A chaque étape de la réflexion, l’IABD a engagé la discussion avec l’ensemble des acteurs institutionnels et privés et a toujours répondu aux invitations à des négociations préalables.

Une exception propre aux bibliothèques, aux services d’archives et de documentation s’impose.

Proposition d’amendement. A ajouter à l’article 3, al.2 : « Cette disposition ne s’applique pas aux bibliothèques accessibles au public, aux services d’archives et de documentation, lorsque ceux-ci ne recherchent aucun avantage économique ou commercial ».


(1) Proposition de loi relative au prix du livre numérique. Sur le site du Sénat <http://www.senat.fr/leg/ppl09-695.html>

(2) Quel avenir pour la filière du livre à l’heure du numérique ? Déclaration de l’IABD du 28 avril 2010 à l’occasion de la table ronde organisée par le Sénat. Sur le site de l’IABD <http://iabd.fr/spip.php?article99>

Ce texte est signé par les associations suivantes :

  • ABF (Association des bibliothécaires de France)
  • ADBDP (Association des directeurs de bibliothèques départementales de prêt)
  • ADBGV (Association des directeurs des bibliothèques municipales et intercommunales des grandes villes de France)
  • ADBS (Association des professionnels de l’information et de la documentation)
  • ADBU (Association des directeurs et des personnels de direction des bibliothèques universitaires et de la documentation)
  • ADDNB (Association pour le développement des documents numériques en bibliothèque)
  • CFI-bd (Comité Français International – bibliothèques et documentation)
  • Couperin (Consortium universitaire de publications numériques)
  • FADBEN (Fédération des enseignants documentalistes de l’Education nationale)
  • FILL (Fédération interrégionale pour le livre et la lecture)
  • FULBI (Fédération des utilisateurs de logiciels pour bibliothèques, documentation et information)
  • Interdoc (Association des documentalistes de collectivités territoriales)
avr 272010
 
Table ronde du Sénat, Paris, 28 avril 2010

L’Interassociation Archives-Bibliothèque-Documentation (IABD) accorde une importance particulière à la question de la numérisation, comme en témoignent plusieurs de ses interventions publiques .

S’agissant du thème de la table ronde, l’IABD a été l’une des premières à demander que l’effort public de numérisation porte à la fois sur des ouvrages du domaine public et des ouvrages sous droits, et que le grand emprunt serve à financer une alternative publique à Google Books (voir déclaration Google du 07/09/2009). L’IABD considère que la numérisation des livres sous droits est un enjeu culturel, économique et social de premier plan, à condition d’intégrer tous les acteurs de la chaîne du livre, et en particulier les bibliothèques et leurs publics.

S’agissant de la numérisation des œuvres du domaine public, l’IABD n’est pas opposée à la mise en place de partenariats public/privé, mais elle n’est pas favorable à ce que ces partenariats conduisent à conférer aux prestataires privés des formes d’exclusivité qui pourraient, dans l’avenir, porter atteinte à l’accès au domaine public. Dans sa déclaration Google, l’IABD a critiqué les exclusivités imposées par Google à ses partenaires (exclusivité commerciale, exclusivité d’indexation, restrictions d’usages des fichiers). Ces exclusivités sont trop étendues et trop longues. L’IABD se félicite que ces critiques aient été reprises par le rapport de la commission Tessier.

La solution, préconisée par le rapport de la commission Tessier, d’un échange de fichiers entre la BnF et Google (remise de fichiers d’ouvrages sous droits numérisés par la BnF en partenariat avec les détenteurs de droits, contre des fichiers du domaine public numérisés par Google) peut constituer une piste, à condition qu’elle permette réellement de lever les exclusivités.

L’IABD approuve le fait qu’une part significative du grand emprunt soit allouée à la numérisation du patrimoine. Néanmoins, les règles financières mises en place font craindre qu’une charge de remboursement très lourde pèse sur les établissements qui bénéficieront de l’emprunt.Le rapport Gaillard (25 février 2010) semble indiquer que 75 % des sommes versées aux établissements devront faire l’objet d’un remboursement. On voit mal comment les bibliothèques, archives, musées pourront rembourser de telles sommes, sauf à développer une politique de commercialisation des œuvres du domaine public numérisées ou à faire appel à des partenaires privés, et ce, dans une situation de déséquilibre qui pourra faire renaître des exclusivités. Lors d’une audition au Sénat, le 17 février dernier, Marc Tessier proposait par exemple de rendre payant le téléchargement des œuvres depuis Gallica. L’IABD considère que de telles solutions sont contraires à l’objectif de diffusion du patrimoine et portent atteinte au domaine public. Ils sont également contraires à la charte du domaine public qui vient d’être publiée par Europeana.

Le grand emprunt ne doit pas conduire à une centralisation excessive de la numérisation, mais bénéficier au niveau régional à tous les acteurs engagés depuis longtemps dans des opérations de numérisation (bibliothèques municipales, par exemple). L’IABD représente également les services d’archives et rappelle que ces acteurs, très importants pour la numérisation, ne doivent pas être oubliés dans le grand emprunt.

S’agissant de la numérisation des œuvres sous droits, l’IABD souhaite que le grand emprunt serve autant à construire un projet culturel qu’à soutenir économiquement le secteur de l’édition française. Il lui paraît notamment indispensable que des œuvres numérisées grâce à des fonds publics puissent faire l’objet d’un accès et d’un usage publics dans les services de bibliothèques et d’archives, mais aussi dans l’enseignement et la recherche.Le rapport Zelnik demandait d’ailleurs que les ouvrages numérisés grâce à l’emprunt fassent l’objet d’usages pédagogiques élargis.

L’IABD demande également que ces ouvrages, numérisés grâce à de l’argent public, soient proposés sous forme d’abonnements à des prix abordables, auxquels les bibliothèques pourraient souscrire. Sans cela, il y a un grand risque de voir s’aggraver le fossé qui existe se crée dans l’accès au savoir entre la France et les Etats-Unis, avec les conséquences que cela implique pour l’économie de la connaissance. Le projet Google Books prévoit en effet de telles formes d’abonnements (et même, dans les bibliothèques publiques, un accès gratuit, sur un poste, à la base d’ouvrages numérisés). Le consommateur individuel ne doit pas être le seul modèle économique du livre numérique ; les publics des bibliothèques doivent aussi être pris en compte.

L’IABD approuve également les 10 recommandations sur le livre numérique publiées par le Consortium Couperin, et demande que les offres qui seront créées par le biais de l’emprunt les respectent.

La numérisation des œuvres sous droits, et notamment des œuvres épuisées, se heurte régulièrement au problème des œuvres orphelines, et les établissements culturels qui numérisent y sont confrontés de manière récurrente. Il faut impérativement trouver une solution au problème des œuvres orphelines. L’IABD s’est exprimée à ce sujet dans sa déclaration sur les œuvres orphelines.

Un projet de loi serait à l’étude au ministère de la Culture et de la Communication sur la base des propositions avancées par le CSPLA en 2008. Dans sa déclaration, l’IABD a attiré l’attention sur le fait que le système envisagé, qui propose de mettre en place une gestion obligatoire des œuvres orphelines, lui paraît déséquilibré et très difficile à appliquer pour les bibliothèques, services d’archives et centres de documentation.

L’IABD demande que le système tienne compte du but culturel poursuivi par les établissements pour faciliter la numérisation et la diffusion des œuvres. Dans sa déclaration Google, l’IABD préconisait d’employer l’argent de l’emprunt, non seulement pour numériser les œuvres, mais aussi pour libérer en bloc les droits sur des corpus définis en accord avec les éditeurs et les auteurs ou leurs représentants. Ce système lui paraît toujours la meilleure solution, préférable à une gestion collective, qui pourrait s’avérer coûteuse et inefficace. L’IABD demande également que la solution française pour les œuvres orphelines soit compatible avec les travaux en cours au niveau de l’Union européenne.

S’agissant de la diffusion des livres sous droit numérisés, l’IABD est favorable à ce que les éditeurs se rapprochent au sein d’une plateforme, mais à condition que cette structure propose aux bibliothèques une solution pour souscrire à des abonnements ainsi qu’une solution technique facilitant l’intégration de ces offres de livres numériques dans leurs portails. L’IABD considère que, si cette plateforme est financée par de l’argent public, elle ne doit pas reposer uniquement sur un modèle économique ciblant le consommateur individuel, mais aussi permettre aux publics des bibliothèques d’accéder aux ouvrages numérisés.

IABD 27 avril 2010

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